AFFAIRE FATOUMATA MATAR NDIAYE :Chronique d’un procès révélateur

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La chambre criminelle de Dakar a statué hier mardi 7 janvier 2020. Et parmi les dossiers enrôlés  figure le procès tant attendu de la responsable de l’Apr Fatoumata Matar Ndiaye, assassiné le 19 novembre 2016 dans son domicile. Accusé d’avoir assassiné la 5ème vice-présidente du Conseil économique social et environnemental (Cese), Samba Sékou Dia Sow a répondu des faits qui lui sont reprochés. 

Il est poursuivi d’assassinat avec actes de barbarie, vol, tentative d’assassinat et détention illégal d’arme, il a répondu des faits qui lui sont reprochés. Interpellé, le prévenu a nié les faits avant de faire des aveux effroyables.

Le procès sera délibéré le 21 janvier 2020 après une peine de prison à vie requis par le Procureur.

Sa mort avait installé l’émoi et la consternation dans tout le pays et ce n’est que 3ans plus tard que le  présumé meurtrier  de Fatoumata Matar Ndiaye répond de ses actes.

Samba Sow alias Bathie principal suspect par ailleurs ancien chauffeur de la responsable de l’Apr a été en effet,  attrait hier à la barre de la Chambre  criminelle de Dakar. Accusé d’assassinat  avec acte de barbaries, le prévenu a balayé d’’un revers de main les allégations faites lors de l’enquête préliminaire avant de donner sa version des faits. « Je voulais aller au Magal et mère (appellation qu’il donne à la victime) a refusé. Elle m’a demandé de venir travailler. Arrivé sur les lieux elle m’a demandé de laver la voiture ce que j’ai fait. Vers 15h je suis reparti prendre la voiture  et c’est là-bas qu’un homme m’a abordé prétextant être envoyé par ma tante (sœur à son père). Il m’a donné du lait à boire et j’étais plus moi-même. Vers 20h à bord de sa voiture de marque Wingles il m’a dit de  l’emmener chez Seynabou Gueye Maimouna Baldé et  Abdoulaye Thimbo avant qu’il ne me redonne du lait à boire. J’ai perdu connaissance jusqu’au lendemain jour du meurtre.  A mon réveil l’homme est venu me solliciter à nouveau pour le conduire chez Fatoumata Matar Ndiaye, je l’ai fait. Arrivé devant la maison il m’a donné un talisman avant qu’on  entre. Je lui ai montré la chambre de mère et c’est lui qui l’a tué. Ensuite Adama est arrivé alors qu’il bloqué la porte le marabout m’a donné du sang de mère que j’ai bu ; de suite il m’a ordonné d’attaquer Adama. Je n’ai jamais volé de ma vie et je ne suis pas un assassin», narre le prévenu d’un ton insolent.

« Ma tante et Awa Niang sont les commanditaires »

Toujours sur la défensive Bathie comme l’appel ses proches a pointé d’un doit doigt accusateur sa tante Fatou Sow et le Questeur Awa Niang qui selon lui sont les commanditaires de ce meurtre. « C’est ma tante et Awa Niang qui sont derrière tout cela. Je n’étais qu’un pion. Ils ont envoyé ce marabout pour qu’il m’envoute afin qu’elles pissent masqué leur crime. Mais c’est eux les responsables », tonne-t-il.  Avant de s’emporter contre la Cours : « Je ne peux pas comprendre comment ma tante et Awa Niang soient cités comme témoins alors qu’elles sont à l’origine de tout cela. Ça fait mal d’être accusé de choses que l’on n’’a pas faites et voir les coupables vaqués tranquillement à leurs occupations. J’ai changé à cause d’elle ».

Adama Ba, fils de Fatoumata Matar Ndiaye craque et fons en larmes

Victime lui aussi de Samba qui a tenté de lui trancher la gorge, Adama Ba, constitué en tant que partie civile, a comparu à la barre. Revenant sur  les circonstances de la mort de sa mère, le jeune homme a versé de chaudes larmes. Il a fallu l’intervention des membres de sa famille pour qu’il se ressaisisse et accepte de poursuivre sa narration du drame. 

« Les faits se sont passés entre 7 heures et 8 heures, le 19 novembre 2016. Je devais sortir pour faire des courses. Là, j’ai entendu un bruit assourdissant provenant de la chambre de ma mère Fatoumata Mactar Ndiaye. C’était comme quelqu’un qu’on voulait étouffer. Là, j’ai voulu ouvrir la porte. Laquelle a été subitement bloquée », se remémore Adama Ba.

« Il m’a attaqué parce qu’il savait que j’étais un témoin oculaire »

Il révèle : « Au début, j’avais pensé que ma mère a eu une crise et on voulait me le cacher. C’était l’effet de surprise. Je suis allé à la fenêtre. Lorsque j’ai appelé ‘’Néname’’ (Mère en pulaar), c’est Samba Sow qui m’a répondu en me faisant savoir qu’elle était sous la douche. Cela m’avait choqué car c’est un lieu privé. Comme, j’avais entendu une personne qui se débattait, je voulais entrer de force dans la chambre ». Adama Ba d’indiquer : « Sur ce, Samba a voulu s’enfuir. Je l’ai intercepté devant la porte de la chambre. Mon objectif était d’essayer de le désarmer pour gagner du temps afin de savoir ce qui se passait dans la pièce. Malheureusement, j’avais saisi la partie tranchante du couteau et j’ai eu de graves blessures ».

Par la suite, le fils de la défunte est tombé dans les escaliers. « Il m’a attaqué parce qu’il savait que j’étais un témoin oculaire. Il m’a donné un coup de couteau tacheté de sang à la main. Samba Sow dit qu’il y avait un marabout dans la chambre. C’est faux ! C’est un mensonge. Il doit assumer ses actes ».

Sa fiancée déballe : «  On est sorti durant 3ans »

Réfutant dès l’entame du procès la thèse du vol, Samba Sow est conforté dans ses propos par sa fiancée, Mbenda Fall. Cité comme témoin elle déclare devant la barre : «  Bathie et moi avions prévu de nous marier le 26 novembre 2016. on a jamais abordé une somme, mais il m’avait dit qu’il allait envoyé l’argent de la dot le 20 novembre ».

Signifiant par ailleurs au juge  qu’elle et le prévenu ne sont plus en semble, elle avance : « la veille de l’assassinat, il était venu chez moi on s’était fixé un rendez-vous le vendredi. Mais il n’est pas venu. Il m’a appelé pour me dire qu’il avait mal à la tête. Il m’avait dit qu’il participait à une tontine. Il avait dit versait 5000 francs par semaine. On est sortis durant 3 ans. Il m’avait présenté à quelques membres de sa famille ».

Fatou Sow : « Fatoumata était ma moitié »

Accusé d’être derrière le coup Fatou Sow réfute les allégations de son « fils ». «  C’est moi qui est mis en rapport Fatoumata Matar Ndiaye et Bathie. Fatoumata était ma moitié. On m’a appelé pour me mettre au courant. Je jure devant Dieu que je n’ai jamais eu de problèmes avec Fatoumata. Je ne connais pas de marabouts. C’est Fatoumata Matar qui m’a amené à la Mecque,  je ne lui souhaiterais aucun mal. C’était ma jumelle. Samba doit arrêter d’accuser les gens et d’assumer son tort. Tout le monde fait des erreurs », confie-t-elle. A la question du Juge à savoir qui a remplacé la victime à la tête du groupement des femmes Apr du département de Pikine, elle répond : « A sa mort c’est Awa Niang qui la remplacé »

La cousine de l’accusé taillé en pièce par le juge

 « Mon neveu Samba Sékou Dia Sow ne cesse de recevoir des menaces de mort. La dernière date du 8 novembre dernier. En plus, on a introduit pour lui des plats toxiques à 11 reprises à la prison de Rebeuss où il est détenu. A la suite de lettre qu’il m’a envoyée, je suis allée finalement voir le régisseur pour lui demander de veiller sur la sécurité de Samba, sinon il allait mourir en détention. On lui disait ‘’tais-toi ou on vous tue’’ », a avancé la tante du présumé meurtrier de Fatoumata Mactar Ndiaye.

« Il y a des non-dits dans le dossier. Monsieur le juge, je vous demande de mener des enquêtes approfondies, pour arrêter les véritables coupables quels que soient les postes de responsabilités qu’ils occupent dans ce pays. Parce que nul n’est au-dessus de la loi », ajoute-t-elle. Mais c’était sans savoir qu’elle allait s’attirer les foudres du Juge. Qui sans passer par quatre chemins  a remonté les bretelles à la dame

« Samba Sow manipule l’opinion publique. Depuis l’éclatement de cette affaire, il ne fait que citer des noms en les accusant d’avoir commandité l’assassinat de Fatoumata Mactar Ndiaye. Ceci à travers de messages vocaux et lettres. Cette manipulation ne va pas prospérer ici. C’est parce qu’il est votre neveu que vous le défendez. Il faut dire la vérité et si vous n’êtes pas témoin des faits, il faut vous taire au lieu d’essayer de le tirer d’affaire de cette façon », a indiqué le juge.

La partie civile réclame 500 millions de dommages

Après 8 tours d’horloges, les conseils ont pris la parole. Lors de sa plaidoirie, Me Abdou Dialy Kane en est même arrivé à en vouloir aux organisations de défense des droits humains qui ont favorisé l’abolition de la peine de mort au Sénégal. « Comme le dit le droit, Fatoumata Matar Ndiaye a été froidement assassinée, une tentative de vol indiscutable. Les organisations de la défense de l’Homme qui ont poussé à la suppression de la peine de mort n’ont pas vu le dossier. Il ne faut pas voter des lois pour imiter la France. Les circonstances qui ont poussé les Gaulois à la suppression de peine de mort ne sont pas les mêmes au Sénégal. Nos cultures sont différentes », a regretté la robe noire.

Avant de démontrer la préméditation du meurtre de la conseillère. « Le premier niveau de la préméditation, il a acheté un couteau. Et le deuxième niveau l’accusé a passé la nuit à l’intérieur du garage dans la voiture à l’insu de sa patronne. Mais la préméditation ne s’arrête pas là. L’accusé a verrouillé tous les points de secours », explique-t-il. 

L’avocat de la partie civile a demandé au juge d’emprisonner à vie l’accusé, à défaut de pouvoir lui ôter sa vie. « Ce monsieur a supprimé la vie de Fatoumata Matar Ndiaye comme si cela ne suffisait, il a voulu supprimer la vie du fils. Donc, Monsieur le Juge, comme vous ne pouvez pas supprimer une vie, ôtez lui la liberté à défaut et de lui ôter sa vie. Condamnez-le à payer aux héritiers de Fatoumata Matar Ndiaye, la somme de 500 millions francs CFA », a-t-il demandé.

Le procureur sollicite la perpétuité

Dans son  réquisitoire, le procureur Saliou Ngom dans l’affaire de l’assassinat de la dame Fatoumata Mactar Ndiaye et de la tentative d’assassinat sur Adama Ba, fils de la défunte, a sollicité auprès du juge la prison à vie. « Ces sont actes d’une cruauté extrême. Je ne peux pas requérir la peine de mort parce qu’il n’y pas aucune disposition légale dans la législation de notre pays. Mais, il mérite la chaise électrique ou la guillotine.

Comme, il n’existe pas une peine alternative, je demande les travaux forcés à perpétuité. Cet individu n’a pas sa place dans la société. Il faut le mettre hors d’état de nuire », a laissé entendre le parquet.

Le verdict sera rendu le 21 janvier prochain

Adama FAYE

ENCADRE :

Le juge rejette la demande de renvoi introduite par la défense

Le procès de la défunte vice-présidente de Conseil économique social et environnemental (Cese) tuée le 19 novembre 2016, dans son domicile sis à Pikine, a ouvert  ce mardi 7 janvier 2020. Attrait à la barre lors de la mise en état, les avocats de Samba Sékou Sow, bourreau de feu Fatoumata Matar Ndiaye, ont demandé le renvoi du dossier.

« Le dossier est incomplet. Les procès-verbaux de la police, les avis de convocations du juge d’instruction nous manquent », brandit Me El Mamadou Ndiaye, qui ajoute que l’affaire vient pour la première fois ici (Chambre criminelle de Dakar) « donc ne nous obligez pas à plaider sans disposer de documents complets », plaide l’un des avocats de la défense.

Mais la demande de la robe noire a été vite rejetée par le juge, qui lui notifie que « le motif du renvoi n’est fondé ni en faits ni en droit. Étant donné que l’accusé a été assisté du début à la fin », martèle le juge. Ce dernier avant même de finir, a été coupé par les avocats de l’accusé qui insistent sur la demande de renvoi.

Après un échange houleux entre les avocats de Samba Sékou Sow et le président de la Chambre criminelle de Dakar l’affaire a été retenue.

A.F

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