Tourisme au Sénégal : Réceptifs fermés, plus de 3000 travailleurs au chômage

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Dans notre pays, il est loin le temps où le tourisme était une véritable grappe de croissance mais aussi une réelle branche sur laquelle notre économie nationale reposait. Le secteur touristique en 2020 bat de l’aile et peine à redécoller.

Sur la petite côte, les emplois étaient en vogue. Chaque famille tirait des revenus très conséquents de cette floraison de touristes dans nos hôtels qui ne désemplissaient presque jamais. Mais pour n’avoir pas su préserver un tel boom, notre pays voit le fouet avec lequel il flagellait la plupart des pays limitrophes se retourner contre lui.

Lors de cette belle époque, le Sénégal rivalisait et serrait à la culotte les pays maghrébins qui se demandaient quels moyens utiliser pour freiner notre pays qui inévitablement s’apprêtait à leur ravir la vedette auprès des européens en mal de découverte. Pendant que ces mêmes pays tissaient leur toile auprès des pays émetteurs, le nôtre continuait à fanfaronner et à faire dans l’autosatisfaction en proclamant chaque année des chiffres plus irréalistes les uns que les autres. A cela sont venus s’ajouter des phénomènes de la nature et autres aléas qui ont changé la donne en défaveur du Sénégal.

D’abord au temps du terrorisme qui frappait la plupart de nos concurrents c’est-à-dire les pays arabes, notre pays n’a pas su capter des deux mains cette masse de touristes comme l’ont fait le Cap vert et la Guinée Bissau voisins. Pourtant avec le Magal de Touba ou encore le Gamou de Tivaouane, notre pays avait bien des atouts à faire valoir en matière de tourisme religieux. Avec le Septembre mandingue et la sortie du Kankourang à Mbour et en Casamance entre autres atouts culturels jusque-là inexploités, auraient pu être source de tourisme culturel. A cela s’ajoute le soleil, ce don que Dieu nous a gratifié mais également le sourire et la capacité d’accueil de nos populations.

Au nord, la réserve du Djoudj et ses milliers d’oiseaux sans compter le fait que la ville de Saint Louis elle-même aurait pu être source de découverte à cause de son histoire, de sa mer et de son fleuve mais aussi de son embouchure sans compter le charme de ses Linguères. La verte Casamance et ses nombreux lacs et marigots mais aussi forte de sa richesse fruitière n’a pas été exploitée a bon échéant. Au contraire, nous avons laissé nos rivaux étaler nos points faibles tel que le conflit casamançais devant les touristes et par conséquent en profiter au point de nous ravir la vedette.

L’effet négatif d’Ebola

 La maladie liée au virus Ebola lors de l’apparition de cette dernière en Afrique centrale a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les français et certains  pays émetteurs avaient classé notre pays sur la liste rouge. C’est à dire  un pays à éviter et pourtant à cette même époque des milliers de soldats du pays de Marianne de transit ou en partance pour leur champ de bataille au Mali séjournaient chez nous. Il a fallu que des journalistes de Mbour battent le macadam pour rétablir la vérité. Ce qui a eu comme effet immédiat de faire passer notre pays de la liste rouge à la liste jaune. Pendant ce temps, nos autorités se morfondaient dans un silence de mort alors qu’à cette époque elles devaient faire dans l’agressivité pour rétablir la vérité.

Plus d’une dizaine d’hôtels fermés

et plus de 3000 travailleurs en chômage

L’érosion côtière n’a également rien arrangé. En fermant délibérément les marigots qui accueillaient le surplus d’eau de mer issu de la fonte des glaces au niveau des pays européens, nous avons donné à nos adversaires l’arme fatale pour nous abattre. Ce fut le début de notre dégringolade. 

Ainsi, selon Mamadou Diouf un syndicaliste : « plus d’une dizaine d’hôtels ont mis la clé sous le paillasson et plus de trois mille travailleurs ont perdu leurs emplois sans compter les vendeurs de restaurants, les chauffeurs de véhicule pour découvertes et tous ces métiers annexes dont les employés vivaient des revenus du tourisme » et Doudou Gnagna Diop, un acteur du secteur de renchérir : « regardez une ville comme Joal où a grandi le premier Président de la République, elle ne dispose plus d’hôtels. Tous ceux qui étaient en place ont été emportés par la mer et ceux qui tiennent encore debout s’apparentent plus à des auberges qu’a autre chose».

Outre la station balnéaire, Saly est une localité peuplée de Lébous qui tirent leurs revenus de la pêche. Malheureusement, pour eux à présent, le port où accostaient leurs pirogues et qui constituait une découverte pour les touristes est aujourd’hui englouti par les eaux du fait de l’avancée de la mer. Ce qui oblige certains touristes à se rendre à Mbour pour ce qui est appelé « l’arrivée des pêcheurs avec leurs pirogues remplies de poissons ».

S’y ajoute l’insalubrité plus que notoire avec ces tas d’immondices sur la station balnéaire et l’insécurité de plus en plus grandissante qui y règne à cause de cette multitude de racoleurs qui perturbent la quiétude des touristes. Certaines localités qui sont de potentiels sites touristiques sont difficiles d’accès mais l’autre fait marquant et non pris en compte par nos décideurs,  ce sont ces enfants mendiants que les touristes rencontrent dès le lever du soleil. Certes, ils font partie de notre culture mais ils représentent pour le touriste une image dégradante, choquante et inacceptable.

A toutes ces tares se greffe la cherté de la destination Sénégal. Les billets d’avion sont chers mais les taxes aéroportuaires et les frais de séjour communément appelés nuitées le sont encore plus. Ce qui fait dire à ce professionnel du secteur « qu’une nuitée dans un hôtel au Sénégal équivaut à un séjour d’une semaine au Maroc et qu’une semaine dans un hôtel de chez nous équivaut à un mois de séjour au Maroc sans compter qu’avec le seul billet « aller simple » vers le Sénégal vous avez un « aller-retour » agrémenté de quelques autres commodités au Maroc».

Un ministère instable depuis 2012

 Au Sénégal, le ministère du tourisme est le seul secteur qui n’a jamais résisté à un quelconque remaniement gouvernemental. De 2012 à nos jours près d’une dizaine de ministres se sont succédé dans ce département. Preuve de tâtonnement. Nos autorités n’ont jamais su mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Le tourisme n’a jamais été confié à des professionnels du secteur mais elles ont toujours porté leur choix sur des hommes politiques qui ne connaissent rien du tourisme se permettant juste après leur élection de faire des tours à Saly à Saint Louis et en Casamance pour s’imprégner des maux du secteur alors qu’il n’y a plus rien à dire parce que tout a été fait et les documents dorment dans leurs tiroirs.

L’agence sénégalaise de promotion touristique qui a pour mission de vendre la destination Sénégal auprès des pays émetteurs n’est pas non plus épargnée. Pendant ce temps, le budget du ministère du tourisme au Maroc est estimé au tiers de notre budget national.  Le nôtre avoisine difficilement le milliard. Alors que pour faire un tourisme de qualité, haut de  gamme,  ce secteur a besoin d’un budget immense à cause de sa transversalité économique. 

L’inamovible Racine Sy

A cela s’ajoute l’inamovibilité de certains hommes comme Racine Sy, beaucoup plus préoccupés par leur destin politique que par celui de remettre notre tourisme national sur les rails. Ils sont nombreux ces hommes qui vivent et qui doivent leur notoriété au tourisme et qui en retour n’ont pas trop fait briller le secteur. Ce n’est pas cette qualité d’homme qui peut sortir le secteur de son sommeil. Le crédit hôtelier est distribué à une certaine frange de professionnels du secteur surtout ceux qui tirent dans la même direction que nos autorités. Si vous regardez dans le sens opposé, vous n’y bénéficiez pas. C’est cette politisation d’un secteur où se retrouvent toutes les sensibilités qui doit cesser.

                               Des lueurs d’espoir subsistent

Certes, des débuts de sortie de crise commencent à voir le jour. Le plus visible étant cette digue qui doit partir des résidences du port à l’ancien hôtel Espadon et qui s’étend sur mille cinq cents mètres. Cette digue permettra à certains hôtels de récupérer un peu de plage mais n’est-ce pas également une façon de renvoyer le surplus d’eau de mer dans les domiciles qui ont pieds dans l’eau ?

 La naissance d’une nouvelle station à Pointe Sarène, verra encore de nouveaux réceptifs hôteliers voir le jour mais ne serait-elle pas non plus une manière de transposer dans cette station les difficultés actuelles que connait la station balnéaire de Saly avec comme résultat dans le futur de voir ces mêmes hôtels disparaître du fait des vagues destructrices.

Des pays comme le Cap Vert ou la Guinée Bissau tirent profit de toutes ces tares pour nous porter l’estocade au moment où notre tourisme est abandonné entre des mains inexpertes. Nos dirigeants proclament partout leur ambition de voir ce secteur retrouver son lustre d’antan. Ce qui est certainement possible mais faut-il encore mettre les moyens adéquats et surtout placer les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Il ne suffit pas d’un bon vendeur de poules pour faire une bonne omelette. Le secteur touristique a besoin de renaître de ses cendres.

Les professionnels ne demandent pas mieux mais il faut inévitablement d’abord le doter de gros moyens avant de décliner des ambitions liées à des millions de touristes. Il y a certainement de nouveaux venus mais la plupart des touristes comptabilisés ne sont que des revenants. Les pays asiatiques ou nordiques sont des niches à explorer tout comme les Etats-Unis. Notre pays dispose de ressources humaines de qualité et en quantité aptes à remettre notre tourisme sur les rails. Le tout est de leur doter de moyens adéquats avec un budget conséquent à la hauteur de nos ambitions pour leur permettre de relever les défis et remettre le tourisme sur la route de l’émergence.        

Ahmadou Bamba Diop

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