Avec plus de 300 partis: L’assainissement de l’espace politique s’impose…

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L’espace politique sénégalais est parasité et pollué par une pléthore de partis politiques qui, en réalité et pour la majeure partie, n’existent que de nom. A la tête de ces  » partis khourdab », trônent souvent des plaisantins et autres aventuriers, sortis d’on ne sait où. Ils n’ont pas d’adresse physique, n’ont jamais tenu une assemblée générale constitutive ou de renouvellement de leurs instances et n’existent qu’à travers les médias.

Du régime du président Senghor à celui du président Macky Sall, le Sénégal est passé de 4 courants de pensée à  plus de 300 partis politiques. Ce qui le place en tête des pays qui comptent le plus de partis politiques, au mètre carré, dans le monde. Cela a aussi fini de considérer ce landerneau, surtout lors des campagnes électorales, comme une marmite bouillante où la confusion, l’anarchie et le « peuthieukhoo » règnent en maître.

Dans ce capharnaüm indescriptible (comparable à un « sabar gou tass ») où la « mort des idéologies » a été  actée, les partis politiques sont pour la plupart créés, non pas pour prendre le pouvoir ou pour satisfaire les besoins et les préoccupations du peuple mais plutôt pour une place au soleil ou pour un gagne-pain. Ainsi la vocation, les missions premières assignées sont biaisées et faussées. Devant l’approche des prochaines élections locales et avant aussi la présidentielle de 2024, n’est-il pas grand temps, de remettre de l’ordre dans la tanière (arène politique).  

Doit-on rendre effective la rationalisation de l’espace politique sénégalais, sans pour autant tordre le cou aux principes préétablis d’un système démocratique comme le nôtre? Doit-on revenir à la classification et à l’établissement de grands courants de pensée au Sénégal? Devrait-on limiter à 10 par exemple le nombre de partis politiques au Sénégal qui se retrouveraient en blocs identitaires? Voilà autant d’os à croquer dans le menu des animateurs du Dialogue national initié par le président Macky Sall. La possibilité de passer au vote avec un bulletin unique au scrutin électoral ne serait-elle pas judicieuse. La question du parrainage ne serait-elle aussi qu’un vieux souvenir ?

Nous sommes le 6 avril 1976. A la faveur d’une révision constitutionnelle, le multipartisme limité est instauré au Sénégal, par le président Léopold Sédar Senghor. Il y a de cela 44 ans, l’ère du parti unique ( UPS- PS : socialiste et démocratique) a fait place à l’avènement de trois autres courants de pensée autorisés  que sont: le libéralisme démocratique représenté par le PDS et le Pape du Sopi Abdoulaye Wade, le marxisme- léninisme et communisme représenté par le Parti Africain pour l’Indépendance ( PAI ) de Majmouth Diop. A cela s’est ajouté un courant conservateur pour le Mouvement Républicain Sénégalais (MRS) de Boubacar Diop. Dans le même contexte, le RND (Rassemblement National Démocratique) du Pr Cheikh Anta Diop a décliné l’offre de s’aligner aux courants officiels et les entités de gauche (PIT) de feu Amath Dansokho, And-Jef de Landing Savané ont continué de se mouvoir dans la semi- clandestinité.

Au mois de décembre 1980, le poète-président rend sa démission et cède le témoin à Abdou Diouf. Au multipartisme limité,  » Kor Elizabeth » instaure le multipartisme intégral. Du haut de sa stature, il avait lancé « Diaka diaa ngook koumane na nod ». 

Depuis, le Sénégal, dans un exercice de l’application d’un système démocratique (à l’occidentale), a vu jaillir de son champ politique, telles des laves volcaniques, une floraison et une foultitude de partis politiques, de manière anachronique, désordonnée, voire anarchique. De ces partis politiques et coalitions, se sont succédé à la tête du pays, les régimes des présidents Abdoulaye Wade (à partir de 2000) et Macky Sall (depuis 2012).

« L’exception sénégalaise », c’est que pour un pays de plus de 15 millions d’habitants et dont le corpus électoral dépasse à peine 3 millions de votants ces dernières années, il est dénombré près de 300 partis politiques. Il est ainsi révélé que le Sénégal est aujourd’hui dans le peloton de tête des pays qui comptent le plus de partis politiques sur la planète terre.

A dire vrai, seul un peu plus d’une dizaine de partis peuvent être considérés comme des partis au profil requis et pouvant répondre à certaines normes et critères de représentativité, de popularité, de légitimité. Ces formations politiques doivent nécessairement avoir un maillage au niveau de toutes les grandes régions et collectivités du pays. Sinon, plus de la majeure partie de ces entités sont des cendrillons. Ils ont tout juste, comme l’ont caricaturé certains, la taille d’une coque d’arachide, d’une boite d’allumettes ou d’une cabine téléphonique. Ils n’ont ni siège où on peut les localiser, ni boite postale où l’on peut leur envoyer une correspondance. Ils n’ont aussi jamais tenu une Assemblée générale (ordinaire ou extraordinaire) ni renouvelé leurs instances directionnelles et de bases. Mesurant leur poids (plume) électoral, ils n’ont jamais osé se présenter à une compétition électorale avec leur propre bannière. Ils sont ainsi dénommés  » partis « yobaaléma » et leur seule aptitude est de se satelliser autour de partis ou coalitions « gros calibres ». 

Créer un parti pour ses seuls intérêts financiers

Loin d’être mû par des préoccupations d’ordre idéologique, ne détenant aucun projet de société ou programme de développement socio- économique, leurs représentants sont souvent des audacieux, des aventuriers, pour la plupart, sans qualification intellectuelle ou professionnelle d’envergure. Ils se jettent dans l’arène politique ou « mare aux crocodiles », considérée par eux comme un créneau porteur, un raccourci pour vite accéder aux privilèges et aux honneurs. Parmi eux aussi, des frustrés ou autres « calculateurs et stratèges » qui claquent la porte de leur parti, pour en constituer un autre de même identité. 

Ils disent représenter les populations. En réalité, ils ne sont obnubilés que par leur compte personnel et non les intérêts supérieurs de leur communauté, de leur localité ou du pays. Au niveau du camp présidentiel, ces partis politiques satellites, courent derrière des émoluments ou «salaires » mensuels (pour la majeure partie c’est 500.000 francs cfa, pour les plus lourds c’est jusqu’à 5 millions de francs CFA ou plus). Ceci, pour monnayer leur soutien et pour les faveurs rendus à leur mentor lors des différentes consultations électorales. Ils attendent aussi  » le tong- tong » ou le partage du gâteau, pour des sucettes et des nominations, pour des postes de président de conseil d’administration, de maire, de député, de directeur de société, de chargé de mission, de diplomate, de ministre, de conseiller au CESE ou au HCCT. 

Il faut dire qu’il n’y a pas d’obstacle majeur pour l’obtention d’une autorisation de création d’un parti politique au Sénégal. Avec la loi 66-70 de 1966 qui régit les associations, il suffit de s’acquitter seulement  d’une modique somme de 2000 francs représentant le prix des deux timbres fiscaux à apposer sur les pages du statut des partis. Et le tour est joué, pour le responsable du parti qui obtient son récépissé. La plupart d’entre eux, considèrent leur parti comme un patrimoine personnel.

Pour d’aucuns, cette facilité déconcertante pour avoir son récépissé, est une des raisons qui explique cette floraison de partis « khoûs-mândiap » sur l’échiquier politique. Cela a expliqué la pléthore de partis politiques et de coalitions (47) lors des dernières législatives dernières avec leur lot de désagréments et d’irrégularités, d’amont en aval.

Des tentatives pour mettre de l’ordre ont eu cours.

Devant ce qui pourrait être considéré comme un dysfonctionnement, des entorses ou une hérésie de la vie démocratique sénégalaise, des tentatives pour mettre de l’ordre ont eu cours. Il y en a qui ont émané des autorités étatiques compétentes.

Du régime libéral du président Abdoulaye Wade, avec en particulier, son ministre d’Etat Cheikh Tidiane Sy à celui du président Macky Sall avec ses ministres de l’intérieur Abdoulaye Daouda Diallo puis Aly Ngouille Ndiaye, il a été posé la problématique de la « rationalisation » et « des financements » des partis politiques.

Il est bien vrai que la limitation, la réduction des partis politiques, la purge ou la refonte du champ politique pourraient être vues quelque part, comme une entrave à la liberté individuelle et collective de se constituer en association.

Cependant, une organisation de l’espace politique, de manière rationnelle, en conformité avec les exigences et les réalités de l’environnement et du cadre dans lesquels évoluent et se meuvent les acteurs politiques, devrait être une heureuse initiative. Pour le maintien des équilibres et de la stabilité pour toute la société et pour tout le pays. Toutes les parties y gagnent, y compris la machine électorale qui serait plus huilée, plus transparente, mieux mise en branle, au niveau des différentes phases du processus électoral  (des inscriptions et révisions – toilettage sur les listes électorales, au vote le jour du scrutin jusqu’au dépouillement des bulletins et la proclamation des résultats par les commissions départementales et celle nationale de recensement).

Des propositions remarquables ont été ainsi retenues pour cette rationalisation de l’espace politique, par le biais de la mise en vigueur d’un code des partis politiques. Parmi elles, l’organisation d’élections de représentativité (assimilable aux opérations de parrainage) qui établissent qu’un parti politique qui n’atteint pas 1% des suffrages exprimés doit être recalé et totalement disqualifié. Selon ce code en conformité avec les directives de l’UEMOA (Union  monétaires des États de l’Afrique de l’ouest), «  le parti politique, outre le fait d’avoir une adresse physique, doit impérativement et annuellement livrer aussi ses états financiers ». 

Le Dialogue national pour une rationalisation définitive

L’idée de limiter l’espace politique à un pôle de droite, de gauche et du centre, de même que le relèvement du timbre fiscal pour l’obtention de l’autorisation et du récépissé pour un montant égal ou supérieur par exemple à 1 million de francs cfa, sont aussi avancés.

Dans tous les cas, il urge, dans cette période charnière et à l’orée des prochaines consultations locales (dont la date n’est pas encore bien précisée) et présidentielles (2024), de convoquer et de diligenter, des « Assises nationales de la classe politique », élargie à la société civile, aux segments de la vie active et aux partenaires nationaux. 

D’aucuns ont pensé que le Dialogue national en cours peut revêtir les contours de ces Assises nationales, pour un diagnostic profond des points d’achoppements entre la majorité présidentielle et l’opposition. Afin de pouvoir formuler des propositions et retrouvailles autour des problématiques majeures et essentielles, telles que la limitation du nombre des partis, le parrainage, l’établissement d’un fichier électoral consensuel et sincère, la redéfinition d’une carte électorale fiable, le bulletin unique.

Pour enfin remettre les pendules à l’heure et renvoyer ainsi aux calendes grecques des sempiternelles et récurrentes questions antinomiques, sur lesquelles s’arc-boutent, comme dans un débat de Sisyphe, l’opposition et la majorité présidentielle.

Mohamed El Amine THIOUNE 

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