Crise au PS : «Si les égos sont mis en avant plutôt que le projet, le parti va vers des lendemains incertains»

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Le Parti socialiste (Ps) est parti pour engager un virage assez crucial et difficile de son évolution, avec notamment la disparition de son Premier Secrétaire général, Ousmane Tanor Dieng, et ses consécutives dont les convoitises affichées ou non pour le poste de Secrétaire général du parti. C’est du moins la conviction du Docteur en Science politique, Maurice Soudieck Dione, qui prévient que, concernant la guerre de succession, les socialistes prétendants au poste ont intérêt à porter un projet politique socialiste à proposer aux Sénégalais, plutôt que de vouloir faire passer des ambitions personnelles. Au cas contraire, l’Enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis prédit des «lendemains incertains» pour le parti de feu Léopold Sédar Senghor.

Le PS est-il à la croisée des chemins ?

Bien sûr, le PS est à un moment crucial de son évolution. Avec la disparition de son Premier secrétaire Ousmane Tanor Dieng, paix à son âme, le parti doit s’organiser pour assurer une transition réussie.

Aminata Mbengue Ndiaye peut-elle mater les velléités de contestation de son leadership à la tête du parti, même si elle est intérimaire ?

Le PS doit tirer les enseignements de son histoire récente, après les nombreuses défections, depuis 1996. Un leadership fondé sur l’autoritarisme est de nature à fragiliser le parti. Le grand défi du PS aujourd’hui est d’organiser un congrès démocratique à l’issue duquel un Premier secrétaire sera choisi. Pour ce faire, ceux qui veulent aller en compétition doivent pouvoir le faire librement, et il faut également que le processus soit transparent, participatif et inclusif, afin de donner une forte légitimité à la personnalité qui devra présider aux destinées du parti. Or, quand on part de l’idée de brider des velléités d’expression dans le parti, c’est déjà le signe d’une faiblesse, et celle-ci risque de se confirmer ensuite avec le départ de tous ceux qui se sentiront brimés, provoquant ainsi un affaiblissement du parti. Le PS par son histoire, par les symboles forts qu’il représente en tant que parti ayant conduit le pays à l’indépendance sous la houlette du Président Léopold Sédar Senghor, et qui a géré le Sénégal pendant 40 ans, parti le mieux organisé et le mieux structuré de l’espace politique, affronte un virage difficile. Si l’avenir du parti est relégué au second plan au profit des intérêts personnels de contrôle de l’appareil politique à tout prix, le PS déjà affaibli depuis sa chute en 2000 risque d’être de moins en moins attractif. Il aura beaucoup de mal à se relever d’une crise de succession.

Ne risque-t-on pas d’assister à une guéguerre fratricide qui pourrait fragiliser fortement ou scinder le PS en deux ?

Les institutions et règles, procédures et protocoles ont pour but de canaliser les ambitions personnelles et les contradictions qui ne peuvent manquer d’exister dans une organisation humaine. En ce sens, le premier défi est de ramener tous les protagonistes à la succession autour du cadre institutionnel et normatif du parti. Il peut y avoir plusieurs tendances qui s’affrontent, c’est un signe de dynamisme démocratique et c’est même une tradition au PS, mais cela ne signifie pas qu’il faut scinder le parti en deux. Les différentes tendances doivent pouvoir se retrouver après la compétition et travailler à construire un projet politique socialiste à proposer aux Sénégalais, et qui sera porté par la personnalité la plus qualifiée à cet effet, par sa compétence, son charisme et son parcours. Cette personnalité doit également avoir des qualités de rassembleur et des capacités de conciliation et de réconciliation. Mais, si ce sont les égos qui sont mis en avant plutôt que le projet, le parti va vers des lendemains incertains et un éventuel émiettement va davantage l’affaiblir et mettre fin à toute possibilité de positionnement comme locomotive de forces politiques, en vue d’engranger des victoires électorales.

Khalifa Sall peut-il tirer bénéfice d’une situation d’opposition de leadership au sein de son ancien parti ?

Ceux qui sont restés au PS sont les partisans du camp d’Ousmane Tanor Dieng. Les polarités qui vont se constituer en vue de la succession se construiront autour de leaders qui gravitent autour des fidèles de l’ancien Premier secrétaire. Même s’il y a une scission, ces leaders vont partir avec leurs affidés. A cela s’ajoute qu’il y a une hypothèque sur l’éligibilité et donc sur l’avenir politique de Khalifa Sall, avec sa condamnation dans l’affaire politico-judiciaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. Mais si Khalifa Sall revient dans le jeu, il peut capter indirectement de l’électorat socialiste.

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