Nouveau Gouvernement: Bamba Dieye approuve, Idy se justifie, Diakhaté et Abdoul Mbaye éventrent le jeu troublant de Macky

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Une décision politique n’est presque jamais unanime. Celle du président de la République du Sénégal qui vient de dévoiler un nouveau Gouvernement de 33 ministres et 4 secrétaires d’ Etat divise encore l’opposition. D’aucuns comme Cheikh Bamba Dieye qui le trouve « normal » et Idrissa Seck qui invoque le contexte de crise mondiale pour justifier sa nomination à la tête du Cese, approuvent. D’autres à l’instar de Abdoul Mbaye et Moustapha Diakhaté qui parle « d’une purge politique contre les récalcitrants au 3e mandat », versent dans l’improbabilité d’un tel attelage gouvernemental et crache du venin, non sans mettre à nu le deal « Idy-Macky, tant chanté depuis quelques temps ». Comme pour dire selon Abdoul Mbaye, « Tout ça pour ça.»

Le président de la République a finalement dévoilé la liste de ses nouveaux ministres devant exécuter sa mission pour un Sénégal prospère. L’équipe de ce nouveau gouvernement de Macky reflète peut-être le point de vue de Cheikh Bamba Dieye qui conseillait le chef de l’Etat « d’avoir intérêt à se choisir une très bonne équipe capable de faire de sorte que les besoins multiples et diversifiés des sénégalais puissent enfin être pris en charge. » Le leader du Fsdb/Bj trouve d’ailleurs « normal ce changement de gouvernement dans une République » D’autant que, d’après le diagnostic du professeur Moussa Diaw, l’équipe sortante n’a pas assez travaillé pour satisfaire les populations. Il avait préconisé ainsi la mise en place d’un gouvernement resserré autour de 20 ministres ou plus, avec de nouvelles têtes. Le chef de l’Etat semble satisfaire ce souci de Monsieur Diaw qui soutient : « Il y a énormément de difficultés dans la gestion foncière, à la Justice, à la création d’emplois pour les jeunes. Il y a urgence parce que l’équipe sortante n’a pas assez travaillé pour répondre aux exigences sociétales. Ce qu’on attend de ce nouveau gouvernement, c’est qu’il soit composé de nouvelles personnes et limité à une vingtaine de membres. »

Toutefois, cette nouvelle formation gouvernementale comptera 33 ministres et 4  Secrétaires d’Etat. Une Composition qui réjouit un des hommes de confiances de Macky Sall éjecté de son siège de ministre de l’intérieur. Il s’agit de Aly Ngouille Ndiaye qui « très sincèrement, j’exprime ma profonde gratitude et ma reconnaissance à son Excellence M le Président Macky Sall de m’avoir fait confiance depuis son accession à la Présidence de la République. Ce fut pour moi, un grand privilège doublé d’un honneur immense que d’avoir été choisi comme l’un de ses collaborateurs dans les différents gouvernements depuis son élection à la tête du Sénégal. Rien n’a été aussi grand à mes yeux que d’avoir servi mon pays, sous son autorité. Aujourd’hui, plus qu’hier, je marque ma disponibilité à servir mon pays partout où le devoir m’appelle ».

« Une purge politique contre les récalcitrants au 3e mandat »

Ce remaniement ministériel conduit encore le Président Macky Sall à côté de la plaque. C’est la conviction de l’un des plus tenaces adversaires contre la théorie du troisième mandat. Il s’agit de Moustapha Diakhaté qui déverse sa bile sur la nouvelle décision de Macky : « Ce remaniement est un coup de marketing politicien du Président Macky Sall pour donner l’illusion de changement, de renouveau mais il s’agit surtout d’une purge, de règlements de comptes politiques et personnels. En fait, il s’agit d’une purge politique, d’un nettoyage des récalcitrants au 3ème mandat, de deal sur le dos du peuple sénégalais, de l’Apr et de Bby avec une certaine opposition et de recyclage de ses anciens pourfendeurs libéraux qui, pour conserver le pouvoir n’avaient pas en 2011 hésité à massacrer une quinzaine de jeunes Sénégalais. »

Tout ceci à l’en croire est le soubassement de « l’objectif du Président de la République, dans ce remaniement, qui n’est pas celui d’un tournant de politique économique, d’un changement de cap encore moins d’hommes à la hauteur des défis et enjeux. La montagne de ce rafistolage, de ce replâtrage de l’attelage d’un gouvernement en perdition, ne pouvait qu’accoucher d’une équipe de fast échec et de bon à rien pour notre pays. Le Sénégal et les Sénégalais iront de mal en pis avec la méthode Macky Sall faite d’improvisation, de tâtonnement, de ruse, de cynisme et d’amateurisme. »

En fait, poursuit Moustapha Diakhaté, « avec les meilleurs matières grises au monde, les résultats resteront médiocres. Les ministres n’auront pas le courage, la marche de manœuvre, pour faire part au Président Sall de leurs désaccords et de leurs analyses. »

Alors en guise de déduction, l’ancien responsable de l’Apr, pense « en réalité que c’est Macky Sall qui est le problème et non les ministres. Ce qui est dangereux pour le présent et surtout l’avenir de notre pays ». Car, « cet attelage qui vient d’être constitué ne fonctionnera pas en raison de l’ultra présidentialisme rétrograde qui tient le Sénégal sous son étreinte et qui nous a mis dans le pétrin depuis plusieurs décennies. Ce dont le Sénégal a besoin c’est un véritable bouleversement, un changement de cap et d’hommes pour en finir avec l’ineptocratie, la kleptocratie, le pillage des biens de la nation comme système de gouvernement sur fond d’affaiblissement de la démocratie et de l’Etat de droit qui sont les caractéristiques du système de gouvernance de Macky Sall ».

Idy : J’ai choisi une implication directe et personnelle. »

Cet avis de Diakhaté contraste celui du nouveau président du conseil économique, social et environnemental, (cese). Idrissa Seck, remplaçant Aminata Touré sous décret présidentiel, s’est focalisé sur le contexte qui prévaut dans le monde avec la pandémie du Coronavirus, dans la sous région avec les conflits politiques mais aussi et surtout dans le pays avec une crise économique et sanitaire aigue notée, et décide d’accompagner le président de la République. « J’ai choisi une implication directe et personnelle. »

Et pour cause : « Après plusieurs mois d’échanges dans le cadre du dialogue national, comme au cours de plusieurs rencontres avec le chef de l’Etat, après une analyse lucide et sereine du contexte international, africain, sous régional et national, la nécessité nous est clairement apparue de répondre positivement à l’appel du président de la République pour une union de l’ensemble des forces de la nation pour mieux faire face aux défis du moment. D’autres intelligences m’avaient conseillé de choisir un autre chemin. Le chemin d’une opposition radicale, tendant d’utiliser les interrogations et les inquiétudes légitimes des populations et en particulier de la jeunesse dans un du contexte de crise pour fragiliser le régime en place et en tirer des gains politiques immédiats. Je respecte leur intelligence et leur analyse mais je n’ai pas choisi ce chemin-là. J’ai choisi le chemin d’une implication directe et personnelle pour participer aux efforts qui nous incombent à tous pour redresser la situation de notre pays. » Surtout que « nous faisons la politique, non pour déconstruire mais pour construire. »

Abdoul Mbaye : « Tout ça pour ça »

 

Lui a emboité le pas à Moustapha Diakhaté pour exprimer son amertume. Abdoul Mbaye ne partage pas la pertinence de ce nouveau gouvernement de Macky Sall. Il parle « d’un Gouvernement d’ouverture, un discours préliminaire pas très utile. Une tentative de justifier un nouveau coup contre le pays ». La preuve par « le maintien de Malick Sall qui reste une déclaration de guerre ouverte aux magistrats et à l’esprit de justice. Le maintien de toutes les valeurs faibles du précédent gouvernement montre si besoin en était un manque de considération au peuple et une volonté de rester dans l’immobilisme. Même « Monsieur oryx » est maintenu. Il est urgent de ne rien changer. La montagne aura accouché d’une souris à nouveau. Pauvre de nous. Le retour d’Idrissa Seck et la nomination de quelques-uns de ses protégés prouvent le deal tant chanté depuis quelques temps. » Donc, « Tout ça pour ça. Le dialogue national a été le prétexte d’une nouvelle forfaiture. Les participants devraient se sentir trahis. Les Sénégalais le sont beaucoup plus tant la cosmétique a une fois de plus permis une nouvelle forme de maquillage. »

Ameth Seck

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