Restauration –hébergement-portails électroniques-transport aérien-rôle du ministère des Affaires Etrangères du Sénégal: Le pèlerinage à la Mecque et ses ratés

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Le pèlerinage à la Mecque constitue un temps fort dans la vie de la nation sénégalaise. Sous ce rapport, les autorités prennent en charge cette question. Mais force est de constater que voyage aux lieux saints de l’ Islam connaît souvent des ratés sur le plans de l’organisation, de la restauration, de l’hébergement et le transport aérien entre autres. L’écrivain Cheikh Bamba Dioum ,  auteur de « Les Chemins du Hadj de l’Afrique noire à l’Arabie » fait une incursion dans le microcosme du pèlerinage à la Mecque. Radioscopie d’un évènement à caractère religieux et économique. L’année dernière à cause de la Covid-19, les Sénégalais n’ont pas fait le déplacement.

1°     2018-2019 DES HAUTS ET DES BAS

« Au Sénégal, l’organisation du pèlerinage à la Mecque a été rythmée par des hauts et des bas aussi bien à l’étape de Dakar qu’en terre saoudienne. Les différents secteurs notamment le transport aérien, la restauration, les portails électroniques saoudien et sénégalais ainsi que les conditions du hadj ont toujours été relativement difficiles à gérer. Cerise sur le gâteau, la covid-19, est venue changer toutes les données », renseigne Cheikh Bamba Dioum.

Le TRANSPORT AERIEN

Et l’écrivain de noter : « comme en 2016 et 2017, la compagnie saoudienne Flynas avait assuré le convoyage des pèlerins sénégalais en 2018 et en 2019 en sous-louant les avions de la compagnie indonésienne LION AIR. Le prix jugé déjà élevé en 2018, est passé de 1.085.000 FCFA à 1.291.800 FCFA en 2019 ». Et souligne-t-il : « le comble est que cette forte et subite augmentation de 206.800 F a été annoncée et validée au moment où les inscriptions touchaient à leur fin, perturbant ainsi toutes les prévisions budgétaires des convoyeurs : le prix du billet d’avion devant être l’un des premiers éléments constitutifs du coût du package à maitriser ». A l’en croire ! « les compagnies concurrentes des vols réguliers qui par contre, respectent cette donne, proposent des prix en moyenne aux environs d’un million et qui sont affichés bien avant le démarrage des inscriptions. Flynas a cependant battu le record de la régularité du plan de vol comparativement aux années précédentes avec nos compagnies nationales même si la restauration à bord et le confort n’étaient pas des meilleurs ».

  • LES PORTAILS ELECTRONIQUES SAOUDIEN ET LOCAL  

« Le portail électronique saoudien mis en place depuis 2014 a atteint sa vitesse de croisière en 2019 en apportant beaucoup plus de transparence dans les transactions mais surtout en supprimant le calvaire de l’obtention du visa auprès de l’ambassade du Royaume d’Arabie Saoudite à Dakar. Les voyagistes ont eu toute la latitude d’imprimer eux-mêmes sans retard les visas des pèlerins une fois toutes les conditions exigées par le portail remplies », fait-il remarquer avant de révéler : «  la question qui se pose aujourd’hui est de savoir, quels changements nous réserve l’arrivée annoncée d’une nouvelle compagnie saoudienne qui devra s’occuper entre autres de la délivrance des visas ».

« Le Sénégal aussi n’était pas en reste en réalisant un portail électronique local qui a géré avec succès toutes les formalités d’inscription des pèlerins », relève Monsieur Dioum.

  • LES CONDITIONS DU HADJ A MAKKA ET A MINA

De l’avis de Cheikh Bamba Dioum : « Les années 2018 et 2019 n’ont pas permis aux Sénégalais de ranger dans leurs lointains souvenirs, les vieux bus affectés à leurs pèlerins durant le long trajet de Médine à la Mecque sur 400 km. Si certains ont eu la chance d’être transportés par des bus neufs, ce n’était pas le cas pour la plupart des pèlerins du Privé. Espérons que la promesse faite pour 2020 de transporter tous les pèlerins sénégalais dans des bus confortables sera réalisée en 2021 ».   

« Si la restauration à Mina en 2018 a été l’une des pires aussi bien sur le plan qualitatif que sur l’organisation de la distribution des repas et le respect des horaires, en 2019, la restauration a été globalement satisfaisante à l’exception d’un bureau sur quatre », note Monsieur Dioum qui déclare : « la prise en charge par les privés à travers une commission restauration, a fortement joué sur cette évolution positive. Cependant, la fausse note était venue du côté de la restauration dans les hôtels à la Mecque en dehors de Mina avec l’exigence de sélectionner soi-même un traiteur saoudien à travers le portail. Le désespoir était partout le même à tout point de vue ».

Selon l’écrivain : « par ailleurs, hormis le billet cher de la compagnie aérienne, la promesse de doter chaque pèlerin de deux valises à leur départ de Dakar n’a pas été respectée ». Et ajoute-t-il : «  Jusqu’à présent beaucoup n’ont toujours pas vu la couleur de ces valises. Pour le Zam-Zam, les pèlerins des premiers vols qui ont atterri à AIBD n’ont pas obtenu surplace le liquide sacré. Des corrections ont été apportées pour les suivants plus chanceux ».

  • La crise d’une exigence de l’agrément Iata   

« L’annonce par les autorités sénégalaises du pèlerinage que l’agrément IATA (l’Association Internationale du Transport Aérien) était désormais exigé pour l’organisation du pèlerinage et l’accès à l’utilisation du portail électronique, avait entrainé une radicalisation des associations privées du Hadj qui s’étaient vivement opposées à ce projet. Finalement ce projet a été retiré levant du coup les blocages à un climat apaisé », déclare Monsieur Dioum.

  • LE RÔLE DU MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DES SENEGALAIS DE L’EXTERIEUR

« Il est bien dommage que le ministre Sidiki Kaba qui a eu l’honneur de gérer le ministère des Affaires Etrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, en Charge du Pèlerinage à la Mecque, n’ait pas laissé son empreinte dans la gestion du pèlerinage vu l’importance que requiert ce département », se désole l’écrivain qui laisse entendre que «  Monsieur Kaba n’avait pas respecté la coutume qui veut que le ministre se rende à temps au lieu d’organisation du pèlerinage pour s’enquérir de son bon fonctionnement ».

« D’habitude le ministre préside l’ouverture ou accompagne les pèlerins à leur départ à défaut d’effectuer le Hadj avec eux. Nous devons nous rappeler de Léopold Sédar Senghor qui, en tant que Président de la République, de surcroît non musulman, a eu à maintes reprises, à honorer de sa présence le départ des pèlerins vers la Mecque », relève Cheikh Bamba Dioum. Selon lui : «  quant au Président Mamadou Dia, il avait tenu à accompagner les pèlerins en effectuant son fameux pèlerinage de 1961. Le Hadj est longtemps resté sous la tutelle de ce ministère malgré la tentative de Monsieur Youssou Ndour alors ministre du de la Culture et Tourisme, de vouloir l’intégrer dans son ministère ».

« Les voyagistes privés n’avaient pas approuvé sa volonté pour plusieurs raisons. Aujourd’hui, la question est d’actualité. Monsieur Amadou Ba pour avoir reçu dans son bureau les organisateurs privés qui transportent les onze mille pèlerins du quota sénégalais et pour leur avoir permis d’intégrer la délégation officielle du Sénégal qui rencontre annuellement les autorités saoudiennes,  a quelque part répondu aux attentes des acteurs », fait-il remarquer avant de souligner : «  cependant, avec l’impact du covid-19 durement ressenti par les voyagistes, lui qui avait certes  participé à désamorcer  la crise de l’IATA, avait par contre fait la sourde oreille aux cris de cœur des voyagistes laissant à son collègue Monsieur Alioune Sarr Ministre du Tourisme et des transports aériens le soin de prendre l’initiative de venir au secours de ces impactés pour leur offrir une enveloppe de trois cents millions à titre de crédit ».

« Nous en sommes aussi reconnaissants à l’endroit du Président de la République qui en a donné l’autorisation. Aujourd’hui donc, la question qui se pose est de savoir si la Délégation Générale aux Lieux Saints de l’Islam doit toujours rester sous tutelle du ministère des Affaires étrangères ou être intégrée au ministère du tourisme et du transport aérien », s’interroge Monsieur Dioum qui justifie : « la raison serait l’importance des transports aériens dans le Hadj qui relève pour certains de ses aspects, du tourisme religieux ».

Pour l’heure, souhaitons la bienvenue à Mme Aissata Tall Sall, Ministre des Affaires Etrangères et des sénégalais de l’Extérieurs. Espérons qu’elle veillera sur le pèlerinage comme du lait sur le feu car le cinquième pilier de l’islam mérite beaucoup de respect.

2°    2020 : UN PELERINAGE EN BERNE

« L’espoir d’un pèlerinage 2020 dans des conditions meilleures qu’en 2019 s’installait progressivement avant de céder la place à une longue et intenable période d’incertitudes due à l’intrusion du covid-19 qui a fini par paralyser tous les secteurs », note l’écrivain qui soutient : « suspendant d’abord la umrah avant de l’annuler, les autorités saoudiennes ont pris le temps nécessaire avant de prendre une décision quant à l’organisation du Hadj. Elles ont fini par préférer le hadj symbolique en interne autour de dix mille pèlerins seulement en lieu et place d’une annulation ou d’un hadj a réduit à 40 ou 20% du quota du précédent pèlerinage. Ce hadj symbolique qui fut une réussite, a eu le mérite d’avoir évité au cinquième pilier de l’islam de céder devant la forte pression de tous ceux qui redoutaient que le pèlerinage devienne une source de propagation de la pandémie ».

« Les deux à trois millions de pèlerins parmi lesquels douze mille Sénégalais qui ont vu leur rêve de fouler les terres saintes de Médine et de la Mecque s’évaporer, prendront leur mal en patience, dans l’espoir que l’année 2021 sera la bonne », argue Monsieur Dioum.

  • LA PARTICIPATION AVORTEE DE LA COMPAGNIE AIR SENEGAL SA.

« Les acteurs du hadj ont beaucoup insisté pour que Air Sénégal SA s’implique dans le transport aérien de nos pèlerins dans le but de booster l’économie nationale et de réduire les coûts qui ne cessaient de grimper. Mais notre compagnie qui a fini par répondre à cet appel, s’est alignée sur le prix excessif négocié avec son prédécesseur (1.292.000) contrairement aux attentes et à la logique qui voudrait que les produits nationaux soient moins chers pour les nationaux. Entre temps, le covid-19 a tout remis en cause », lâche-t-il.

LA PRIVATISATION

« L’ancien Premier ministre, Monsieur Mahammat Boun Abdallah Dione avait souvent réaffirmé la ferme volonté de l’Etat de se retirer du convoyage au profit du privé. Il était relayé en cela par le ministre porte-parole du gouvernement Monsieur Seydou Gueye, et aussi par Monsieur Mankeur Ndiaye à l’époque ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur et Monsieur Amadou Ba le ministre sortant », relève l’écrivain qui pose cette question : « Mme Aissata Tall Sall actuelle Ministre en charge du Pèlerinage va-t-elle concrétiser cette volonté arrivée à échéance de privatiser le pèlerinage ou alors va-t-elle changer de cap ? »

3°   2021    L’ESPOIR DE LA REPRISE  

« Après avoir annulé la Oumra et organisé un Hadj symbolique limité à dix mille pèlerins, l’Arabie saoudite a ouvert les portes des lieux Saints de l’Islam aux pays étrangers depuis le premier novembre 2020.  Ce grand pas est gage d’une organisation prochaine du pèlerinage dans de bonnes conditions », prédit Monsieur Dioum qui embraie en ces termes : «  souhaitons que le critère de l’âge limité à 50 ans pour cette présente Oumra en phase de test, ne soit pas envisagé pour le grand pèlerinage. En effet, les pèlerins sénégalais tout comme ceux de la majeure partie des pays musulmans du monde ont un âge qui varie entre 65 et 80 ans. En plus, appliquer une quelconque limitation d’âge aux organisateurs, est un frein au convoyage et à l’encadrement des pèlerins de l’étranger ».

« L’introduction d’une vaccination obligatoire pour la Oumra et probablement pour le hadj, nécessite que les autorités saoudiennes se prononcent tôt sur l’organisation du Pèlerinage et des quotas de chaque pays afin de leur permettre une préparation adéquate . Le Pèlerinage à la Mecque doit rester le domaine par excellence des hommes et des femmes intègres », conclut-il.

MRD

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