Portrait: Samba Sall, un défunt magistrat au cœur des affaires politico-judiciaires au Sénégal

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Le Doyen des juges Samba Sall est décédé jeudi à l’hôpital principal de Dakar, des suites d’une longue maladie. Le magistrat d’une cinquantaine d’années, jugé professionnel, était au cœur des dossiers politico-judiciaires les plus brûlants du Sénégal, jusqu’à son rappel à Dieu, avec le dossier de l’affaire Sonko-Adji Sarr qu’il a hérité suite au désistement du juge du 8e cabinet, Mamadou Seck.

Samba Sall, un défunt magistrat au cœur des affaires politico-judiciaires du Sénégal (PORTRAIT)



Originaire de la région de Kaolack, au centre du Sénégal, le défunt juge d’instruction est un pur produit de l’école sénégalaise. Il est issu de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. De la promotion 98, du Centre de formation judiciaire (Cfj) qu’il avait intégré en 1997, le juge Samba Sall avait quitté le Barreau sénégalais pour intégrer la magistrature.

Les dossiers judiciaires avaient commencé à s’empiler sur le bureau de Samba Sall à la fin de l’année 2015. En tant que Doyen des juges, Samba Sall avait accepté d’instruire plusieurs plaintes déposées contre des politiciens, qu’il avait ensuite inculpés pour divers délits.

Il est difficile de savoir quel aurait été l’avenir de ces nombreuses procédures sans le juge Samba Sall, saisi dans plusieurs dossiers de deniers publics, d’offense au chef de l’Etat, de trouble à l’ordre public et de trafic de drogue.

Samba Sall, c’est vraiment un magistrat au cœur des affaires politico-judiciaires. Du scandale de 10.000 milliards de Aliou Sall, frère cadet du chef de l’Etat, à l’affaire de faux billets de Thione Seck, et Seydina Fall, alias Bougazelli, passant par la caisse d’avance de mairie de Dakar et tout récemment l’affaire de mœurs impliquant l’opposant Ousmane Sonko, le juge était devenu un incontournable dans ce genre de dossier.

Cependant, beaucoup d’acteurs politiques notamment ceux de l’opposition et de la société civile sont restés sur leur faim, quant aux décisions rendues par le Doyen des juges dans certaines affaires comme celle de Aliou Sall, classée sans suite. Alors que le frère cadet du chef de l’Etat est accusé dans un documentaire de la BBC d’avoir détourné des milliards FCFA dans des activités pétro gazières.

La disparition du magistrat instructeur, nommé il y a 6 ans, lors de la réunion du Conseil supérieur de la Magistrature (CSM), en 2015, a fait réagir le chef de l’Etat, ses confrères et des membres de la société civile dont Guy Marius Sagna.

« Je suis peiné par la disparition du Doyen des juges d’instruction Samba Sall. Un grand professionnel, sensible, humain, une valeur unanimement reconnue qui a honoré le corps de la magistrature », a tweeté  dans la soirée, le Président Macky Sall, qui a présenté ses condoléances à sa famille et au personnel de la Justice.

Ses confrères magistrats ont, eux salué la mémoire du Juge rappelant avoir eu le « grand honneur » de travailler avec lui pour la manifestation de la vérité.

Quant à l’activiste Guy Marius Sagna qu’il a eu à emprisonner plusieurs fois,  son témoignage est poignant. « J’ai rencontré le doyen des juges Samba Sall pour la première fois en 2019 quand il m’envoya à la prison de Rebeuss. Le juge Samba Sall avait tenu à me dire qu’il connaissait très bien ma tante, que j’appelle maman ». 

Malgré toutes divergences, l’activiste dit n’avoir point de haine envers le doyen des juges. « J’ai eu à le rencontrer plusieurs fois car tous mes 3 mandats de dépôt sont passés par lui. Le juge Samba Sall m’appelait « mon neveu » en wolof. Je n’ai jamais eu de haine pour lui. Jamais! Mais j’avais de fortes divergences avec lui », a reconnu Guy Marius, présentant ses condoléances à sa famille et aux acteurs de la Justice.

Alité juste après avoir placé Ousmane Sonko sous contrôle judiciaire, Samba Sall a finalement rendu l’âme jeudi à Dakar, laissant derrière lui une affaire de mœurs qui a secoué le pays entre fin février et début mars. Il sera enterré ce vendredi à Sokone.

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