Jeudi 21 mars 1991, un drame. C’était leur destin, sans doute, de rendre l’âme dans un accident d’avion et dans les conditions d’une première guerre du Golfe. Ils étaient quatre-vingt-treize jambaars de l’Armée sénégalaise. Après leur décès, ils ont reçu les honneurs.
Le lundi 25, donc, priorité aux hommages à la « Une » du Soleil : « L’Arabie saoudite et le Koweït partagent la douleur du Sénégal ». L’article de l’envoyé spécial du quotidien national, Pape Mor Sylla, ne faisait pas que saluer la mémoire de dizaines de disparus. Il disait, aussi, la félicité de futurs locataires du paradis.
« Nous sommes profondément choqués par ce drame, mais c’est le destin, une volonté divine qui a touché ces soldats sénégalais qui doivent être considérés comme des martyrs, car ils étaient venus accomplir, en terre saoudienne, un djihad (guerre sainte). Notre réconfort quant à leur sort dans l’au-delà réside dans le fait qu’ils venaient d’accomplir ce devoir religieux qu’est la Oumra (petit pèlerinage)», annonçait alors le prince Sultan Bin Abdul Aziz Al Saoud, dont les propos sont rapportés par Pape Mor Sylla.
Le roi Fahd avait par ailleurs envoyé une lettre, allant dans le sens de la déclaration du prince, au président Diouf. Télévision et journaux saoudiens ont pour leur part donné la part belle à la cérémonie d’inhumation des disparus. En plus des 93 « martyrs » évoqués par le prince, il y avait deux miraculés. Deux soldats de première classe : Ibrahima Makouly Cissé et Ibrahima Biaye.
La catastrophe aérienne, intervenue au moment où « les forces alliées entament leur retrait », au moment où « le contingent sénégalais était sur le point de plier bagage », ne fut un élément de démobilisation. Le royaume avait en effet la parole du Sénégal et la promesse du ministre des Forces armées Médoune Fall.
« Le contingent sénégalais continuera de défendre l’Arabie saoudite jusqu’au moment où les autorités de ce pays décideront de leur départ définitif », rapportait Pape Mor Sylla. Hommage à Djeddah, prières et reconnaissance à Dakar.
À l’Institut islamique de la capitale, les Sénégalais ont lu le Coran, rappelé des hadiths du Prophète (PSL) et prié pour leurs compatriotes tombés là-bas. Sous la plume du journaliste Sidy Mohamed Ndiaye, on apprend que le Koweït a été représenté durant cette journée et cette séance de recueillement du 24 mars.
Les 93 « continueront de vivre parmi nous et Dieu les entretient dans ses privilèges infinis », avait souligné son ambassadeur, Souleymane Al Murjan. Frères d’armes et ministres, aussi, ont vu leurs hommages aux 93 fils de la République publiés dans les colonnes du Soleil du 25 mars 1991.
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