Sommes-nous encore dans un État de droit ?
Depuis plusieurs semaines, le patron de presse Madiambal Diagne publie sur le réseau social X des accusations graves contre Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et chef du Pastef. Ses messages visent aussi plusieurs avocats proches du leader politique, dont Me Demba Ciré Bathily, Me Ciré Clédor Ly et Me Bamba Cissé. Pourtant, ni les personnes citées ni les services de l’État n’ont apporté de réponse publique.
Tout part d’une série de publications que Madiambal Diagne diffuse depuis la France, où il vit depuis septembre 2025. Le 16 juillet, il accuse Ousmane Sonko d’avoir reçu 6 milliards de francs CFA de pots-de-vin dans le dossier des Industries chimiques du Sénégal. Il affirme aussi qu’un appartement aurait été payé au Canada pour l’un de ses fils. Le journaliste dit maintenir ces propos et invite l’intéressé à porter plainte contre lui. Dans un autre message, il évoque une cession d’actions liée au Port de Dakar. Selon lui, l’État aurait perdu au moins 20 milliards de francs CFA parce que le prix des actions n’aurait pas été actualisé. Ensuite, en septembre, ses publications se tournent vers les avocats du leader du Pastef. Les 15 et 17 septembre, il diffuse une fiche d’audience datée du 1er avril 2025. Ce document décrirait une rencontre entre Ousmane Sonko, alors Premier ministre, et Me Ciré Clédor Ly. D’après le journaliste, l’avocat y aurait demandé des nominations pour plusieurs proches. Me Bamba Cissé, ancien coordonnateur du pool d’avocats d’Ousmane Sonko, aurait ainsi été proposé au poste d’Agent judiciaire de l’État. D’autres noms auraient été cités pour des présidences de conseils d’administration et pour des postes diplomatiques, dont deux enfants de Me Ly. Dans le même temps, Madiambal Diagne annonce de nouvelles procédures. Il parle d’une enquête ouverte après une plainte de dignitaires mourides pour des propos sur Touba. Il affirme aussi qu’un dispositif de renseignement aurait été découvert dans un champ d’Ousmane Sonko à Sébikhotane. Le 28 septembre, il ajoute que le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô aurait écarté de la Primature un ancien militaire français recruté par son prédécesseur. Puis, le 5 octobre, il écrit qu’Ousmane Sonko aurait demandé au président Bassirou Diomaye Faye l’autorisation de partir en exil. Enfin, ce 6 octobre, il affirme que Me Ciré Clédor Ly, Me Bamba Cissé et Me Demba Ciré Bathily seraient visés par l’État pour des mouvements financiers douteux. Selon lui, le bâtonnier de l’Ordre des avocats aurait été saisi.
Cependant, aucune de ces accusations n’a été confirmée à ce jour par une source officielle. Les documents publiés par Madiambal Diagne n’ont pas non plus été authentifiés de façon indépendante. Madiambal reste visé par un mandat d’arrêt international dans l’affaire Ellipse Projects, qui maintient une partie de sa famille dans une instruction qui n’a connu aucune avancée depuis un certain temps. En mars 2026, la cour d’appel de Versailles a rendu un avis partiellement favorable à son extradition, mais ses avocats ont formé un pourvoi en cassation. Pour certains de ses détracteurs, ses messages relèvent d’une campagne contre un adversaire politique. Pour autant, ces faits sont désormais sur la place publique. Ils sont repris et commentés chaque jour par les médias. Ousmane Sonko n’a réagi à aucune des accusations portées contre lui. Les avocats cités n’ont pas fait de déclaration officielle ni apporté de démenti. Les services de l’État restent eux aussi silencieux, alors que certaines accusations touchent aux deniers publics et à la sécurité nationale. Le 26 septembre, le défenseur des droits humains Alioune Tine a d’ailleurs estimé qu’il revenait à la justice d’arrêter le journaliste et aux victimes de la saisir. Cette démarche permettrait d’établir les faits devant un juge. En effet, chaque citoyen délègue à l’État son pouvoir de régulation. En retour, les dirigeants ont le devoir d’informer la population quand l’autorité de l’État est mise en cause. Des accusations fausses appellent un démenti clair ou une plainte en diffamation. À l’inverse, des accusations fondées doivent conduire à l’ouverture d’enquêtes dans le respect des droits de la défense. Dans tous les cas, la présomption d’innocence s’applique à toutes les personnes citées, y compris à Madiambal Diagne. En définitive, c’est le silence qui inquiète. Tant qu’il durera, les citoyens n’auront pas de réponse claire sur la deuxième personnalité de l’État et sur des avocats connus du barreau de Dakar.



