Les fortes pluies de ces derniers jours ont durement frappé Dakar et plusieurs localités du Sénégal. Des familles ont été sinistrées, des maisons envahies par les eaux et, plus douloureux encore, des vies ont été perdues.
J’adresse mes condoléances les plus attristées aux familles endeuillées et toute ma solidarité aux populations touchées.
Dans l’urgence, l’État doit secourir, pomper, dégager les voies et assister les sinistrés. Mais lorsque l’eau se sera retirée, une question restera entière : combien de temps allons-nous encore construire avant de nous demander où ira l’eau ?
La lutte contre les inondations commence avant la pluie
Nous avons pris l’habitude d’attendre que l’eau entre dans les maisons pour parler d’inondations.
Or la première protection commence bien avant l’hivernage. Elle commence lorsqu’on dessine une cité, une route ou un lotissement.
Je prends un exemple que je connais : la Cité du Golf à Cambérène.
Après les fortes pluies, l’eau tombée à l’intérieur de la cité ne reste pas durablement emprisonnée. Elle ruisselle et s’évacue vers l’extérieur. Ce n’est pas un miracle. Le nivellement du terrain, l’orientation des pentes et l’organisation de l’aménagement y jouent nécessairement un rôle.
C’est cette logique qu’il faut généraliser : avant de construire, savoir où ira l’eau.
Et puisque je parle de cette cité, je veux rendre hommage à feu Aliou Ardo Sow, fondateur de la CSE et grand bâtisseur sénégalais. Construire une ville, ce n’est pas seulement élever des murs. C’est prévoir comment elle fonctionnera vingt ou trente ans plus tard.
Le mal est plus profond que Dakar
Soyons également honnêtes : cette situation n’est pas née en 2024.
Notre pays paie des décennies d’urbanisation insuffisamment maîtrisée. Des constructions ont précédé les réseaux, des quartiers se sont densifiés sans drainage suffisant et des zones vulnérables ont été progressivement occupées.
Et Dakar n’est pas seule concernée.
Les mêmes difficultés se retrouvent dans d’autres villes et localités du Sénégal. Cela signifie que nous ne sommes plus devant une succession d’incidents isolés. Nous sommes devant un problème d’aménagement du territoire, d’urbanisme et d’anticipation.
Tous les gouvernements qui se sont succédé portent une part de cet héritage.
Mais reconnaître l’héritage ne dispense jamais celui qui gouverne d’agir. Le Gouvernement actuel annonce aujourd’hui 921 milliards de FCFA pour un programme national de lutte contre les inondations. Très bien.
Il faudra maintenant dire aux Sénégalais où ira cet argent, selon quelles priorités, avec quels délais et quels résultats mesurables.
Parce qu’après autant de programmes, d’études et de milliards mobilisés au fil des années, nous ne pouvons plus nous satisfaire d’annoncer des enveloppes chaque fois que l’eau monte.
Dakar 2026 : il y a aussi l’image du Sénégal
Il y a enfin une urgence particulière.
Dans quelques semaines, Dakar accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026. Pour la première fois de l’histoire, un événement olympique sera organisé sur le continent africain.
Des milliers d’athlètes, d’encadreurs, de journalistes et de visiteurs auront les yeux tournés vers notre pays.
C’est une immense fierté. Mais c’est également une responsabilité.
À quelques semaines de cet événement mondial, voir des axes importants de la capitale paralysés par les eaux pose nécessairement une question de mobilité, d’organisation et d’image internationale.
Il ne s’agit pas de dramatiser ni de prétendre que les JOJ seraient menacés. Il s’agit d’anticiper.
L’image que le Sénégal donnera au monde ne se jouera pas seulement dans les stades. Elle se jouera aussi dans la capacité de Dakar à fonctionner normalement lorsqu’il pleut.
Le Gouvernement doit donc s’assurer dès maintenant que les itinéraires, sites d’accueil, infrastructures de transport et zones directement concernées par les Jeux disposent de plans de prévention et d’intervention adaptés.
Désormais, pas de lotissement sans plan des eaux pluviales
Je propose une règle simple.
Pour tout nouveau lotissement important, aucune autorisation d’aménager ne devrait être délivrée sans un véritable plan de gestion des eaux pluviales : topographie, pentes, points bas, voies de ruissellement, ouvrages de drainage et exutoire clairement identifié.
Et cette exigence ne doit pas concerner seulement Dakar.
Nos villes grandissent. Thiès, Saint-Louis, Touba, Kaolack, Ziguinchor , kaffrine, Tambacounda et bien d’autres localités continueront de s’étendre. Nous avons encore la possibilité d’éviter d’y reproduire les erreurs commises ailleurs.
Le changement climatique nous impose certainement de nous préparer à des épisodes pluviométriques plus difficiles. Mais il ne doit pas devenir l’explication automatique de tous nos désordres urbains.
La pluie est naturelle.
Construire sans prévoir où ira l’eau ne l’est pas.
Aux sinistrés, nous devons aujourd’hui assistance et solidarité.
Pour demain, nous devons changer notre manière d’aménager nos villes.
Et cela commence par une règle de bon sens : avant d’autoriser une construction, sachons d’abord où ira l’eau.
Abdoulaye WILANE
Porte-parole du Parti Socialiste du Sénégal




