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Amadou Makhtar Mbow, deux ans après : les multiples vies d’un baobab sénégalais

À l’occasion de la commémoration de la disparition d’Amadou Makhtar Mbow, le Sénégal rend hommage à une figure majeure de l’éducation, de la culture et du rayonnement intellectuel africain, dont l’œuvre continue de nourrir les générations.

Le jeune homme du siècle
Il y a deux ans, le 24 septembre 2024, le Sénégal perdait l’un de ses plus illustres baobabs. Amadou Makhtar Mbow s’éteignait à Dakar, à l’âge de 103 ans, refermant un siècle d’histoire auquel il avait lui-même largement contribué. Retour sur les multiples visages d’un homme qui aura porté tour à tour l’uniforme, la craie, le costume ministériel et la fonction de premier Africain à diriger une institution des Nations unies.

Né en 1921 à Dakar, Amadou Makhtar Mbow grandit à Louga, où il fréquente d’abord l’école coranique avant de rejoindre l’école française. À 18 ans, alors que l’Europe est plongée dans la Seconde Guerre mondiale, il s’engage volontairement dans l’armée de l’air française. Cette expérience contribuera à forger chez lui une conscience aiguë des rapports entre l’Afrique et le reste du monde.

Le pédagogue et l’homme politique
De retour à la vie civile, il se tourne vers l’enseignement. Professeur d’histoire et de géographie en Mauritanie, puis au Sénégal, il fait de la transmission du savoir le fil conducteur de son parcours. Cet engagement le conduit progressivement vers la politique.

Membre fondateur du PRA-Sénégal, qui devient le principal parti d’opposition autorisé après la crise politique de décembre 1962, Amadou Makhtar Mbow entre au gouvernement en 1966 comme ministre de l’Éducation nationale. Il se voit ensuite confier le portefeuille de la Culture, qu’il occupe jusqu’en 1970.

Parallèlement, il représente le Sénégal au Conseil exécutif de l’UNESCO, prélude à une carrière internationale exceptionnelle.

Le bâtisseur de l’UNESCO
En 1974, Amadou Makhtar Mbow devient directeur général de l’UNESCO, une première pour un Africain à la tête d’une grande institution du système des Nations unies. Durant treize années, jusqu’en 1987, il imprime à l’organisation une orientation fortement marquée par la recherche d’une plus grande équité entre les nations.

Sous son impulsion, la commission présidée par Sean MacBride publie le rapport *Voix multiples, un seul monde*, qui alimente un débat majeur sur la nécessité d’un ordre mondial de l’information et de la communication plus équilibré entre le Nord et le Sud.

Ce combat pour davantage de justice dans les domaines de l’éducation, de la culture et de l’information lui vaut des soutiens, mais aussi de vives oppositions de la part de certaines grandes puissances. Son passage à la tête de l’UNESCO témoigne ainsi de la dimension politique de son action et de sa volonté de défendre une meilleure représentation des pays du Sud dans les grands débats internationaux.

Une expérience toujours au service du Sénégal
De retour au Sénégal, Amadou Makhtar Mbow ne se retire pas pour autant de la vie publique. En 2008, alors qu’il est déjà âgé de 87 ans, il préside les Assises nationales, vaste exercice de réflexion sur l’avenir du pays. Il dirige ensuite la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI), chargée de formuler des propositions pour renforcer les institutions et approfondir la démocratie sénégalaise.

Cette implication tardive mais déterminée illustre une constante de son parcours : la conviction que l’expérience et le savoir doivent rester au service de la collectivité.

La reconnaissance nationale de son œuvre trouve également une expression symbolique avec l’Université de Diamniadio, inaugurée en décembre 2022 et baptisée de son nom. Un choix qui inscrit son héritage dans l’avenir et auprès des générations appelées à poursuivre le travail de construction du pays.

Deux ans après sa disparition, la mémoire d’Amadou Makhtar Mbow demeure ainsi vivante dans le débat public sénégalais et international. Son parcours continue d’être évoqué à travers les hommages institutionnels, mais aussi par la transmission aux jeunes générations de son engagement en faveur de l’éducation, de la culture et d’un ordre international plus équilibré.

Universitaire, enseignant, ministre, diplomate et homme d’engagement, Amadou Makhtar Mbow aura traversé plus d’un siècle d’histoire sans jamais renoncer à ses convictions. À travers toutes ces facettes se dessine la trajectoire d’un homme qui aura consacré sa vie à une même ambition : faire du savoir un instrument de dignité, de progrès et de paix.

LESOLEIL

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