Le député Abdou Mbow a vivement critiqué, dans une déclaration publiée ce mardi 13 octobre 2026, la démarche du président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko concernant les commissions d’enquête parlementaires. Le responsable de l’Alliance pour la République (APR) l’accuse d’instrumentaliser la représentation nationale à des fins politiques, notamment dans les dossiers de l’ Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) et des fonds spéciaux des institutions.
Le ton est virulent dans sa déclaration intitulée « L’entêtement de Ousmane Sonko dans l’entreprise de clochardisation de notre institution parlementaire ». Abdou Mbow estime que l’ancien chef du gouvernement et leader de Pastef compromet la dignité de l’Assemblée nationale en confondant « autorité institutionnelle et puissance partisane ».
Le député lui reproche de multiplier les annonces de commissions d’enquête accompagnées, qui selon lui, sont des mises en accusation publiques. Il y voit une volonté de combattre des adversaires politiques plutôt que de renforcer le contrôle parlementaire. « L’Assemblée nationale n’est ni une annexe de Pastef, ni un tribunal personnel, ni une arme mise à la disposition de sa majorité », martèle-t-il, rappelant que l’institution représente le peuple sénégalais dans sa diversité.
L’affaire des 37 milliards de l’ASER au cœur des critiques
Abdou Mbow s’attaque ensuite au projet de commission d’enquête parlementaire sur l’affaire des 37 milliards de FCFA liés à l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER). Il soutient qu’une telle initiative ne peut être engagée dès lors que le dossier est déjà entre les mains de la justice. S’appuyant sur l’article 54 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale et sur ce qu’il présente comme la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel, le député invoque le principe de séparation des pouvoirs. « Quand la Justice est saisie, le Parlement se tait. Il respecte », affirme-t-il, accusant l’ancien Premier ministre de verser dans la manipulation et le populisme.
Le parlementaire s’en prend également à l’annonce d’une enquête sur les fonds spéciaux des institutions pour la période 2012-2021. Il reproche à Ousmane Sonko d’avoir limité le périmètre temporel annoncé à cette période, qui s’arrête avant l’arrivée au pouvoir de l’actuelle majorité. Abdou Mbow critique aussi l’explication fournie par la suite, selon laquelle cette délimitation serait due à un lapsus. « Vous voulez fouiller les poches de vos prédécesseurs, mais vous refusez qu’on regarde dans les vôtres de 2024 à aujourd’hui. C’est ça, votre rupture ? », lance-t-il.
Pour le député, cette controverse révèle une contradiction entre les discours de transparence et la volonté de rendre compte de la gestion des fonds publics. Dans la même veine, il accuse les députés de la majorité de confondre contrôle parlementaire et règlement de comptes, et dénonce leur manque de préparation dans l’examen des dossiers.
En conclusion, Abdou Mbow rappelle que l’Assemblée nationale a pour missions de voter la loi, de contrôler l’action du gouvernement, de représenter le peuple et d’évaluer les politiques publiques. Il conteste, par ailleurs, sa vocation à mener des audits au sein d’autres institutions de la République. « La République ne peut devenir le théâtre de votre volonté de règlements de comptes », conclut-il, appelant à mettre fin à ce qu’il qualifie de dérive institutionnelle.



