Projet de jeu, concurrence, gestion des cadres, cas Sadio Mané, avenir d’Édouard Mendy, composition du staff et ambition continentale : le sélectionneur a détaillé sa vision et ses priorités. Avec un objectif clairement assumé : conduire le Sénégal vers la Coupe d’Afrique des nations. Dans un entretien exclusif accordé à la RTS, Patrick Vieira a abordé les grands chantiers de son début de mandat à la tête des Lions du Sénégal.
Au-delà des résultats, Vieira veut installer une identité collective, valoriser les qualités individuelles de ses joueurs et maintenir une concurrence permanente. Il assume également la pression qui accompagne sa fonction et ne cache pas son ambition de remporter la CAN.
Un premier bilan encourageant malgré des imperfections
Pour Patrick Vieira, bien débuter est important, même si les premières rencontres ne permettent pas toujours d’atteindre immédiatement le niveau de jeu souhaité. Le sélectionneur estime avoir observé des éléments encourageants sur le plan tactique, malgré certaines imperfections.
« Le sélectionneur a toujours envie de bien débuter. C’est-à-dire que l’entraîneur se concentre plus sur la victoire que sur la manière. Je suis quelqu’un qui échange beaucoup avec mon entourage et avec mes joueurs. Le message a été très clair : il n’y avait pas de matchs faciles et on s’attendait à des matchs compliqués », a-t-il expliqué à la RTS. Le technicien retient néanmoins des signes positifs dans le contenu proposé par son équipe.
« Sur les trois matchs, tout n’a pas été parfait. J’ai vu que, sur l’aspect tactique, il y avait des choses cohérentes et ça m’a plu », a-t-il ajouté. Cette première évaluation traduit une volonté de ne pas tirer de conclusions définitives après un seul rassemblement. Vieira semble davantage intéressé par les mécanismes qu’il commence à observer et par la progression collective que par la seule lecture des résultats.
« Trouver l’animation qui va faire ressortir la qualité des joueurs »
Le projet de jeu constitue l’un des principaux axes de réflexion du sélectionneur. Patrick Vieira veut s’appuyer sur les qualités de son effectif pour proposer un football ambitieux, tourné vers l’attaque et capable de créer régulièrement du danger.
« La chose la plus importante pour moi, c’est l’animation, trouver l’animation qui va faire ressortir la qualité des joueurs. On doit pouvoir proposer un football très ambitieux, c’est-à-dire un football basé sur l’offensive, créer des occasions et marquer des buts par rapport aux joueurs qu’on a. On a de grands noms qui jouent en Europe », a-t-il déclaré.
Le sélectionneur ne veut donc pas enfermer son équipe dans un système pour le simple plaisir de défendre une organisation tactique. Il entend plutôt trouver la structure qui permettra aux internationaux sénégalais d’exprimer leur potentiel tout en servant les intérêts du collectif.
Interrogé sur l’organisation défensive observée contre l’Éthiopie, Vieira a d’ailleurs contesté une lecture de son système. « Je n’ai pas trouvé que c’était une défense à trois contre l’Éthiopie. Le plus important pour moi, c’est de tirer la qualité individuelle au service du collectif », a-t-il précisé.
Le technicien insiste sur l’importance de certains profils capables de faire la différence dans des domaines spécifiques. À ses yeux, les qualités individuelles doivent être exploitées dans un cadre collectif cohérent.
« Je pense qu’il y a des joueurs qui sont vraiment excellents dans certains domaines. On a pu voir, sur les deux premières rencontres, Malick sur le côté gauche, avec énormément d’énergie, qui se porte vers l’avant, qui crée des surnombres et qui met énormément de centres dans la surface. Je trouve que c’est un profil très intéressant par rapport à la manière dont moi, je vois le football », a-t-il expliqué.
L’utilisation de joueurs capables de se projeter, de provoquer des décalages et d’apporter du danger dans les couloirs s’inscrit ainsi dans sa conception du jeu. Vieira veut voir le Sénégal prendre des initiatives plutôt que subir les événements. « Il est important que, sur le terrain, le Sénégal impose son jeu et propose un jeu agressif », a-t-il insisté.
Les cadres, un apport déterminant dans le vestiaire
La gestion des joueurs expérimentés constitue un autre enjeu du mandat de Patrick Vieira. Le sélectionneur assure compter sur les cadres et se réjouit de leur attitude lors de son premier rassemblement. « Je compte sur les cadres. Je leur ai dit et ils m’ont dit qu’ils comptaient continuer à apporter leur expérience. On parle de joueurs qui ont une carrière exceptionnelle », a-t-il déclaré.
Vieira affirme avoir été agréablement surpris par leur influence sur le groupe. Au-delà de leur contribution sportive, ces joueurs participent à la transmission de l’expérience et à l’encadrement des plus jeunes. « C’est vrai que, sur ce premier rassemblement, j’ai été agréablement surpris de l’impact positif qu’ils ont dans le groupe. Le public porte des jugements par rapport à ce qu’il peut voir de l’extérieur, mais, pour rassurer le public, ces joueurs-là apportent énormément aux sélectionneurs et aux jeunes joueurs, quand je vois leur discours dans les vestiaires avant le match », a-t-il expliqué.
Le technicien veut ainsi faire comprendre que l’importance d’un cadre ne se mesure pas uniquement à son temps de jeu. Son attitude, son leadership et sa capacité à accompagner les autres comptent également dans la vie d’une sélection.
Pour autant, le statut ne garantit aucune place de titulaire. Patrick Vieira considère que les joueurs expérimentés connaissent parfaitement les exigences du football de haut niveau et savent qu’ils doivent accepter la concurrence. « Le football, c’est la concurrence, et ces joueurs-là la comprennent mieux que moi et ils la vivent au quotidien. Si, à cet âge et avec tout ce qu’ils ont gagné, ils sont encore là, ils savent que la concurrence fait partie de notre quotidien. Mon rôle à moi, c’est de sélectionner les joueurs, mais ma difficulté, ce sont les onze joueurs à sélectionner pour les matchs », a-t-il confié.
Le sélectionneur reconnaît la difficulté de ses arbitrages, notamment lorsqu’il s’agit de décider quels joueurs débuteront les rencontres. « Ils ont accepté d’être sur le banc. Par rapport à leur carrière, ils méritent une conversation. J’ai des discussions avec ces joueurs cadres et je leur ai expliqué mes choix honnêtement. Ils sont professionnels pour l’accepter, mais le rapport que j’ai avec ces joueurs est plus que positif. À partir de là, leur état d’esprit est plus que professionnel », a-t-il poursuivi. Vieira privilégie donc le dialogue et la transparence pour maintenir un climat de confiance, tout en préservant la liberté du staff de choisir les joueurs les mieux adaptés à chaque rencontre.
Sadio Mané reste une pièce importante du projet
L’absence de Sadio Mané lors du rassemblement a également été abordée. Patrick Vieira a tenu à préciser que l’attaquant reste compétitif et conserve toute sa place dans ses plans. « Sadio est toujours compétitif. Il fait de très bons matchs avec son club et il n’y a pas de raison pour laquelle il ne serait pas sélectionné. Malheureusement, sur ce rassemblement, son problème de genou a fait qu’il n’a pas pu être avec nous, mais j’espère qu’il n’aura plus ce problème et qu’il sera avec nous », a déclaré le sélectionneur.
Vieira ne remet donc pas en cause la valeur sportive de l’attaquant. Son absence est liée à un problème physique, et le sélectionneur espère pouvoir compter sur lui lors des prochaines échéances. Interrogé sur la dernière déclaration de Sadio Mané lors de la CAN, il a rappelé que le Sénégal devait d’abord se concentrer sur la qualification avant de préparer pleinement la CAN. « Je n’ai pas eu une discussion avec lui dans ce sens. On doit se qualifier dans un premier temps et on se concentrera sur la CAN. Aujourd’hui, il fait partie des meilleurs joueurs à son poste, mais aujourd’hui, on a besoin de Sadio », a-t-il affirmé.
Cette déclaration confirme l’importance que Vieira accorde à l’expérience et aux qualités de Mané. Dans une équipe qui ambitionne de jouer les premiers rôles, la présence de joueurs capables de faire basculer une rencontre demeure un atout majeur.
Jakobs : Patrick Vieira évoque un problème de communication
Le cas de Jakobs a également été évoqué au cours de l’entretien. Le sélectionneur a reconnu qu’un manque de clarté avait pu alimenter les interrogations autour de la situation du joueur. « Non, non. Il y avait peut-être un petit problème de communication entre le joueur et moi, contrairement à ce que les gens de l’extérieur peuvent penser. Quand la communication n’est pas claire, ça laisse libre cours à tout commentaire », a-t-il expliqué. Patrick Vieira assure avoir pris directement contact avec le joueur pour discuter de sa situation.
« Je l’ai eu au téléphone, on a discuté tous les deux et, à partir de là, il y avait quelques problèmes personnels. C’est pour cette raison-là qu’on a décidé de le laisser à la disposition de son club », a-t-il précisé. Le sélectionneur s’est également montré optimiste concernant la suite, en faisant référence à une récente rencontre du joueur contre Barcelone. « Je l’ai vu récemment contre Barcelone. Il ne devrait pas y avoir de soucis de ce côté-là pour le prochain rassemblement », a-t-il indiqué.
Sans entrer dans les détails des difficultés personnelles évoquées, Vieira a donc voulu clarifier la situation et privilégier le dialogue direct.
Gardien de but : « Il n’y a pas de place garantie »
Au poste de gardien de but, Patrick Vieira n’a pas encore arrêté sa hiérarchie. Il souhaite mettre en place une concurrence entre les portiers pour tirer le niveau vers le haut. « Je n’ai pas tranché pour les gardiens. Il est important d’instaurer une concurrence. La concurrence tire le niveau vers le haut. Pour moi, il sera important de suivre le comportement des gardiens dans leurs clubs respectifs et, à partir de là, on va prendre la décision avec Khadim Faye, l’entraîneur des gardiens », a-t-il expliqué. Le sélectionneur insiste sur l’importance de la remise en question, y compris pour les joueurs qui ont déjà une expérience internationale.
« Quand on est à ce niveau, il n’y a pas de place garantie. Il faut une certaine remise en question pour permettre de représenter l’équipe nationale », a-t-il souligné. Cette approche doit permettre au staff d’évaluer les performances sur la durée et de choisir les gardiens en fonction de leur état de forme et de leur comportement en club.
Édouard Mendy : « C’est une grosse perte pour l’équipe »
La retraite internationale d’Édouard Mendy constitue un autre dossier important pour le sélectionneur. Patrick Vieira a reconnu le poids de cette décision pour le Sénégal, tout en affirmant qu’elle devait être respectée. « C’est un avis que je comprends, parce qu’il fait partie des meilleurs gardiens au monde sur les dix dernières années. C’est une grosse perte pour l’équipe, mais il faut respecter la décision du joueur, aussi difficile que soit-elle », a-t-il déclaré. Le technicien a révélé avoir échangé avec le gardien pour lui faire part de son point de vue. « J’ai discuté avec lui et je lui ai donné mon point de vue. C’est un choix qu’on doit accepter, et cela donne l’opportunité aux autres gardiens de s’illustrer », a-t-il expliqué.
Vieira n’a cependant pas fermé la porte à un éventuel retour de Mendy, même s’il reste prudent quant à la possibilité de le convaincre de revenir sur sa décision. « Je ne sais pas s’il y aura un moyen de le convaincre de revenir sur sa décision. Il a assez de maturité et se connaît très bien. La porte de l’équipe nationale sera toujours ouverte pour lui, mais on doit faire avec. Il y a d’autres gardiens qui ont du talent et peut-être que c’est leur heure à eux de se montrer », a-t-il poursuivi.
Le Sénégal doit donc envisager l’avenir à ce poste sans considérer le retour de Mendy comme acquis. Pour le sélectionneur, l’enjeu consiste à donner leur chance aux autres gardiens et à faire émerger une nouvelle hiérarchie.
Le staff technique : tirer les enseignements du passé
Patrick Vieira a également expliqué sa démarche dans la constitution de son encadrement technique. Le sélectionneur veut s’appuyer sur les enseignements de la précédente Coupe du monde et travailler en concertation avec la Fédération sénégalaise de football.
« Ce qui s’est passé à la Coupe du monde doit être une expérience positive. On doit toujours apprendre des moments difficiles. Il était important pour moi de discuter avec la Fédération et de savoir les éléments qui étaient déjà sur place, parce que l’objectif était de continuer à travailler avec les éléments qui étaient en place », a-t-il indiqué.
Le technicien reconnaît qu’un nouvel entraîneur peut vouloir s’entourer de personnes avec lesquelles il a déjà travaillé. Il estime néanmoins que ces choix doivent être précédés d’une réflexion sur les besoins de l’équipe. « Bien sûr, un nouveau sélectionneur arrive, il veut amener quelqu’un avec qui il avait l’habitude de travailler. Il faut discuter avec la Fédération pour savoir quels sont les manques autour de l’équipe et les profils pour combler ces manques », a-t-il expliqué.
Le travail doit se poursuivre progressivement afin de compléter le dispositif existant et de réunir les compétences nécessaires. « Petit à petit, on va trouver des éléments pour combler ces manques. On a vraiment les qualités qu’il faut pour répondre aux besoins de l’équipe nationale », a-t-il assuré.
Vieira affiche ainsi une volonté de concilier continuité et adaptation, en tenant compte de l’organisation déjà en place et des exigences de son projet sportif.
Un contrat de quatre ans sous le signe des résultats
Le sélectionneur est lié au Sénégal par un contrat de quatre ans. Mais il sait que, dans le football, la durée d’un engagement ne protège pas un entraîneur des exigences de résultats. « Un contrat de quatre ans, mais vous savez comment le football fonctionne : l’importance, c’est de gagner des matchs, de voir que l’équipe progresse, de tirer le potentiel de cet effectif », a-t-il rappelé.
Vieira se dit conscient des attentes du public sénégalais et de la Fédération. Il ne minimise pas la pression qui accompagne sa mission, mais assure être prêt à relever le défi. « Je suis conscient des attentes du peuple et de la Fédération aussi. La barre est très haute, mais je suis très excité par ce projet. Je suis conscient des difficultés qu’il va y avoir, de l’attente du public, et je suis armé pour répondre à ces attentes et à ces demandes », a-t-il affirmé.
Le sélectionneur entend donc inscrire son travail dans une logique de progression, sans perdre de vue l’objectif principal : obtenir des résultats à la hauteur des ambitions sénégalaises.
« L’objectif, c’est d’aller chercher cette CAN »
La Coupe d’Afrique des nations constitue l’horizon majeur du projet de Patrick Vieira. Le sélectionneur n’a pas fait état d’objectifs spécifiques qui lui auraient été formellement assignés, mais considère que la mission de conduire le Sénégal vers le sommet continental s’impose d’elle-même. « Il n’y a pas eu spécialement d’objectifs. Je pense que quand on est sélectionneur du Sénégal, il n’y a pas besoin de dire quels sont les objectifs. L’objectif, c’est d’aller chercher cette CAN », a-t-il déclaré.
Le technicien reconnaît toutefois qu’une compétition internationale comporte des aléas. Une équipe peut atteindre la finale sans remporter le trophée, à la suite d’une erreur individuelle, d’une décision arbitrale ou d’un fait de match impossible à maîtriser. « Est-ce qu’on va y arriver ou pas ? On peut arriver en finale de CAN et la perdre sur une erreur d’un joueur, une décision d’un autre ou un fait de match qu’on n’arrive pas à contrôler », a-t-il expliqué.
Pour Vieira, ces incertitudes ne doivent cependant pas détourner l’équipe de sa responsabilité : se préparer au mieux et se donner toutes les chances de réussir. « Mais le plus important, c’est qu’est-ce qu’on va mettre en place pour essayer d’y arriver. On va mettre tout en place pour aller chercher cette CAN. Mais avant tout, il faudra se qualifier et mettre cette idée de projet de jeu en place pour aller la chercher. Je suis ambitieux comme le peuple sénégalais », a-t-il conclu.
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